Toi, écris, dis-leur ce que tu vois ici,
Dis-leur tout.
C’est terrible d’avoir si mal, ça fait peur.
Vous m’avez menti.
Touche mon épaule, c’est dur comme le roc de montagne,
Mon bras, mon sein, je les sens là, dans ma tête.
Je ne sais plus comment m’étendre sur le canapé.
Je porte un tronc qui me déséquilibre,
Qui m’empêche de me relever.
Je suis dans la force de la cinquantaine et pourtant si âgée.
Une vie, c’est comme l’éclair, à peine le temps de voir passer.
J’ai eu des amoureux, c’est lui que j’attendais.
Je l’ai toujours aimé, aussi loin que je m’en souvienne.
Il venait en vacances, au bras d’une belle. ..
C’est affreux de se voir mourir,
C’est terrible de ne plus avoir la force d’écrire,
De signer mes dernières volontés.
J’aimerais que tout cela cesse,
Je ne suis pas sure d’avoir le courage de prendre la potion.
Je me sens coupable envers mes parents, envers mes enfants.
Je suis là, dans ce lit qui a vu mourir tant d’autres.
Tu me trouves belle, regarde cette photo.
Là, ce sont mes vrais cheveux, mon vrai regard.
Regarde bien cette photo,
Je suis moi, vivante, aimante, admirable.
Je ne me suis pas posée trop de questions,
J’ai vécu simplement ce que je devais vivre.
Ils sont là-haut dans ma tête,
J’avais si peur d’être envahi.
J’appelle mon mari jour et nuit.
Le pauvre,
Je l’empêche de dormir.
J’ai si peur de mourir, qu’il faut bien
Entendre une voix qui m’apaise,
Me renvoie à d’autres souvenirs,
Ceux-là même, qui ont écrit mon histoire.

……
Annie Micheloud-Rey, février 2017