Prodiguer des soins palliatifs, c’est aussi être en relation, une relation intense, singulière, pleinement vivante.

Vous décrire comment la pratique de l’art et des techniques hypnotiques est vécue auprès de patients en soins palliatifs est difficile. C’est un « Etre avec » particulier, délicat, subtil, surprenant.

Englobant le passé, le moment présent, le futur, l’ici et l’ailleurs, le langage visuel et symbolique, les multiples sensations, l’hypnose aide à favoriser le rêve, à revivre de bons souvenirs, à valoriser les croyances du patient, à aller vers un dépassement.

« Raconter une histoire permet de capter l’attention du patient pendant qu’à un autre niveau, par substitution analogique, son esprit découvre et apprend d’autres façons possibles de réagir, de penser, de sentir, de décider… »
(Salem Gérard, Bonvin Eric, Soigner par l’hypnose, 4ème édition, Masson p. 135).

Une transe auprès d'une personne en fin de vie est tout un processus, elle ouvre de multiples chemins dans une mouvance, une avancée qui traverse le bien-être retrouvé, mais pas toujours, qui éprouve intensément les pertes de ce qui ne reviendra plus jamais et va vers une paix que l'on peut parfois sentir, palper, partager...

Est-ce l’hypnose qui nous transforme, patient, famille, soignant ?

Oserions-nous affirmer que cet « Etre avec » nous a changés, transformés, donné justement une manière d’accompagner qui semble plus légère, qui nous porte, aiguise nos sens, guide nos paroles, libère nos limites ?

Rose

Tu ressembles à un bouquet de roses blanches,

Ton regard voilé me sourit malgré la tristesse.

Tu ressembles à une Madone en cire où une larme rouge s’est figée au coin de l’œil.

Tu me demandes de te toucher , mes doigts caressent des anfractuosités.

Tu me dis : « Ils sont partout, partout dans mon corps. »

Mes doigts caressent de petits renflements.

Tu me dis ne pas comprendre ce qui t’arrive.

Et tu continues à me sourire.

Tu me dis être soulagée, la morphine fait son effet.

Tu me montres à nouveau ton thorax et tes bras.

Tu me souris.

Tu me dis : « C’est une catastrophe chez moi. »

Tu continues à me sourire.

Une larme coule sur ma joue,

Tu me regardes.

Je te prends sur mon dos et nous volons au-dessus de l’Europe.

Je te dépose sur le sable fin au bord de l’océan.

Tu respires à plein poumons l’air salé de ton enfance.

Tu nages, tu cries, tu ris, tu es heureuse.

Tu ressens au plus profond de ton corps la grâce de l’instant.

Tu cours dans le sable marquant avec tes pieds des empreintes

Tu te retournes, la mer vient lécher tes traces.

Tu te retournes, de ton passage, il ne reste plus rien sur la plage.

… Juste …une odeur de rose…

Annie Micheloud-Rey avril 2012