Par ce récit d’une première rencontre avec un patient, je souhaite illustrer comment notre travail d’infirmière indépendante est guidé par ce qui est important pour vous :

Je rencontre pour la première fois un patient atteint d’une maladie cancéreuse avancée.

Habitée par la définition de l’être humain : indivisible, imprévisible, toujours changeant, je vais vers lui un peu anxieuse, à son domicile, sans emporter mon sac avec tout l’attirail de la parfaite infirmière : appareils à TA et à glycémie, règle de la douleur, divers prospectus, huile essentielle de lavande, gouttes de rescue, set à pansements et tant de choses qui viennent l’alourdir « au cas où »…

Je vais vers lui, comme l’enseigne un professeur, avec beaucoup de connaissances et autant d’amour. Je le salue. Il me regarde droit dans les yeux. Je me présente, demande si je peux prendre des notes de notre entretien.

Monsieur commence :

-        « Alors, à quoi vous servez ? »

Gênée, je réponds :

-        « Je suis infirmière spécialisée en oncologie et soins palliatifs, nous avons appris beaucoup de choses pour diminuer les symptômes, aider à faire face, accompagner les êtres et leurs proches, mais à vrai dire, nous avons surtout appris que ce sont les patients qui savent le mieux ce qui est bon pour eux-mêmes. Pour prendre une image, (et là, le hasard m’éloigne de mon habitude où je dis, vous êtes le guide et moi je vous accompagne,) je dis en fait : Vous êtes le capitaine, c’est vous qui dirigez. Moi, je suis juste là pour vous aider à garder le cap. »

Le patient s’écrie :

-        « Ḉa me convient parfaitement. Notez :

Je ne veux pas devenir un légume

Je ne veux pas être dans un lit électrique avec un défilé de visites

Je veux mourir debout

Je ne veux pas vous parler de ma vie

Je veux continuer mon art

Nous avons fait un repas avec ma famille, tous savent que je vais mourir, maintenant on arrête de pleurer. »

Ainsi, je rencontre Monsieur, un être unique, libre de ses choix, seul expert de sa qualité de vie.

Sur un cahier que je laisse chez le patient, en première page je note les numéros de téléphones des personnes importantes, puis sur la 2ème page, sous le titre « Ce qui est important pour Monsieur », j’écris, avec son accord, littéralement les propos tenus. Et je m’engage tacitement à honorer, dans les limites du possible, ce que Monsieur m’a demandé d’écrire.

Lors de ce bref moment, Monsieur m’offre déjà le sens qu’il donne à ce qui lui arrive, ses valeurs, ses rêves. Par son attitude avec sa compagne, il me révèle son amour pour ses proches ; par ses propos, Monsieur image comment il projette rester un homme actif. Il me décrit aussi très bien son souhait quant à ma place, pas trop proche, mais quand même assez pour aider à garder le cap.

Voilà une histoire vécue pour illustrer comment ce qui est important pour le patient devient essentiel au sein de notre accompagnement.

Monsieur est resté tout au long, l’homme debout et créatif qu’il a choisi d’être.

anne-brigitte vaquin, 18 juin 2007